La grande Famille Gayant

D'os et d'osier

Entendez-vous le tambour approcher en battant la mesure ? Ressentez-vous monter la fébrilité des personnes qui vous entourent ? Des figures immenses, cape écarlate et bijoux étincelants, arrivent au loin à pas cadencés, leur doux regard protecteur posé sur la foule qui s’écarte sur leur passage, poussée par des hommes en blanc ceinturés de noir.

C’est la grande Famille Gayant ! Et quelle famille… Ce sont 5 géants… et une corporation de porteurs de près de soixante personnes !

La Famille Gayant et ses 40 000 enfants

1 an. 1 an d’attente avant de voir à nouveau la Famille Gayant, les géants protecteurs de la ville de Douai. Leur sortie, tous les 1ers dimanches après le 5 juillet n’est pas qu’une tradition… c’est un culte ! Le douaisien a d’ailleurs son propre calendrier, « Après Gayant, c’est  l’hiver » dit-on même ici.

Il faut dire que Monsieur Gayant, du haut de ses 8m50 d’osier, veille sur la cité depuis 1530 après l’avoir, selon la légende, défendu et sauvé d’une invasion… française ! Il eut un coup de foudre pour Marie Cagenon en 1531. Et le coup de foudre fut réciproque. Cette géante, devenue Madame Gayant, lui offrit 3 enfants au fil des siècles : Jacquot, Fillon et Binbin, appelé aussi « Ch’Tiot Tourni » à cause de son mignon strabisme.

La Famille Gayant n’a plus à défendre Douai des assauts ennemis depuis longtemps et prend du repos bien mérité, loin des regards indiscrets, à la maison. Oui, oui… sa propre maison ! Mais, ces 5 géants ont garder l’habitude de venir danser tous les ans avec les habitants de la ville, ceux appelés communément les « vint’ d’osier » (= ventres d’osier) et qui se considèrent comme les enfants de ces grandes figures.

Des géants et des Hommes

Oui, vous avez bien lu, danser ! Et pas n’importe quelle danse, le Rigodon. Chorégraphie millimétrée, pas synchronisés, nos 5 géants s’en donnent à cœur joie et prennent vie au son de l’orchestre de Douai, de dimanche matin dans la Cour de l’Hôtel de Ville de Douai. Est-ce un miracle ? De la sorcellerie ? Eh bien non. Les membres de la Famille Gayant sont, comme la tradition le veut, des géants portés à la force des épaules et des jambes d’hommes bien cachés sous leurs jupons. Et de la force, il en faut ! Les grandes figures, Monsieur et Madame Gayant affichent respectivement 370 kg et 250 kg sur la balance… portés à « bout d’épaule » par 6 hommes chacun. Leurs enfants, les petites figures sont plus menues, de 45 à 80 kg mais portées par 1 seul homme…

Ne vous y trompez pas, porter la Famille Gayant n’est pas une corvée, mais un honneur ! Toutes ces personnes de l’ombre sont en fait… des stars locales. Et faire partie de la Corporation des porteurs est non seulement un privilège mais aussi un projet de vie.

La corporation des porteurs, l’osier dans la peau

Ce grand groupe d’une cinquantaine d’hommes (et 1 femme, couturière !) est très organisé et hiérarchisé.  Il s’agit en fait de 6 ou 7 familles issues de la corporation des portefaix (= personnes qui portaient des fardeaux) qui se transmettent la charge de génération en génération depuis le XIXe siècle. De père en fils, éventuellement beau-frère ou cousin. 

On y entre en tant que quêteur. Puis, avec de la chance, quand une place se libère, on devient porteur. Après quelques temps, il sera alors peut-être possible d’accéder au poste de Chef de lunette, littéralement les yeux des autres porteurs sous les jupes de Monsieur et Madame Gayant… Mais attention, toujours sous l’autorité du Chef de protocole, le Graal ultime ! Haut-de-forme,redingote, canne qui bat la mesure et autorité naturelle, les 2 Chefs de protocole, l’un pour les Grandes figures, l’autre pour les Petites, en imposent ! Ce sont eux qui chapeautent d’une main de fer dans un gant de velours tous les porteurs, qui imposent le rythme, les arrêts et départs. De vraies stars que l’on s’arrache pour faire une photo !

Qu’on se le dise, lors des prochaines Fêtes de Gayant, lorsque vous verrez arriver au loin nos beaux géants vous penserez à l’avenir aux hommes en blanc…